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Probablement un des plus
beaux endroits que j’ai jamais visité. Pour des raisons
de conservation, les gens qui m'ont fait découvrir cet endroit
m'ont demandé de ne pas donner sa localisation (le nom du domaine
est fictif) mais je me propose quand même de vous faire découvrir
cet endroit comme si je vous vous le visitiez. |
C’est
le plus décrépi des trois trucs à voir dans le
Domaine. En très mauvais état, je n’aimerais pas
m’y promener par grand vent ou sous un orage. La toiture est archi-défoncée,
la végétation a tout envahi, des arbustes (voir des arbres
tout court) poussent dessus, dedans, en travers… Le lierre a infiltré
la pierre au fil du temps, on touche à peine aux murs et on sent
qu’on pourrait en renverser un en tapant fort dedans. Ici et là,
des morceaux se sont désolidarisés, et ne tiennent encore
que parce que le lierre forme un filet accolé à la bâtisse.
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A l’intérieur, la surprise qui tue : quasiment pas
de tags. Tout juste trois ou quatre grafs. Plutôt réussis,
ils apportent une touche artistique pas déplaisante. C’est
pas comme si des crétins étaient venus écrire leurs
pseudos pour dire qu’ils sont passés par là... L’intérieur
offre d’autres surprises : un lit, un sac, des restes de
papier peint, un vieux poêle, un coffre-fort rouillé (!),
d’autres choses que j’ai oublié. L’accès
aux étages (il y en a deux, ou trois je crois) est malheureusement
compromis par l’état désastreux de l’escalier
central. Alors quoi, on s’en va ? On continuer la visite
en allant voir le deuxième bâtiment ? Pas si vite,
regardez là-bas, c’est l’entrée de la cave.
Lampe obligatoire, et j'espere que vous n'avez pas peur du noir. |
Après avoir descendu des marches plus qu’émoussées,
on découvre des pièces toutes les plus obscures les uns
que les autres. Ce qui est bien avec les endroits abandonnés,
c’est qu’on retrouve souvent des choses dans les caves.
Pourquoi ? Parce que tout le monde n’emmène pas une lampe
de poche… Ici, beaucoup de bouteilles, dont une ou deux avec encore
des étiquettes (!). Là, du charbon minéral, des
restes de charbon de bois, et à un endroit, une nuée de
moustiques collés au mur, dormants, silencieux et immobiles.
On passe sans les déranger. On pourrait ressortir et se diriger
tout de suite vers le deuxième bâtiment, mais au détour
d’un couloir… Une petite porte. On l’ouvre, et devant
nous s’étant un long couloir de service. Il court jusqu’au
deuxième bâtiment. Nous l’empruntons. |
Et
c’est donc par l’intérieur que nous pénétrons
dans «les Communs». Ce bâtiment dont la topographie
est facilement identifiable offre lui aussi de belles choses à
voir. A commencer par les écuries, que l'on trouve dans la première
pièce juste après le couloir. Beaucoup de choses sont
encore là, on devine encore la couleur des peintures. Des machines
trainent à coté. En face, de l’autre coté
de la cour, des carcasses de voitures, un établi avec une scie
circulaire, et, surmontant un des flancs, un petit pigeonnier pittoresque.
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Dans
les pièces s’amoncèlent des objets, des trucs, des
bidules, cela prendrait un temps fou à décrire. Niveau
conservation, les communs sont assez délabrés. Parcourir
le premier étage n’est pas rassurant du tout. On voit le
rez-de-chaussée à travers les trous dans le plancher,
ça craque, ça grince… Au milieu de la court envahie
de mauvaises herbes et de ronces : des chaises. Qui vient ici ?
Dans certaines pièces, des vis plantés à même
le sol, recouvertes de peinture orange fluo semblent indiquer que les
communs risquent d’être purement et simplement rasés.
On ressort par une petite porte opposée à la grande, impraticable,
et on emprunte un petit sentier qui conduit au troisième bâtiment
de cette visite. |
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On l’aperçoit directement depuis le sentier. L’herbe
du domaine a été coupée, et les nombreux arbustes
qui obstruaient la vue ont été coupés. On se prend
donc la façade du grand manoir en pleine face, et c’est
impressionnant. Autant le premier manoir (celui qui communique avec
les communs via un tunnel) est assez banal d’un point de vue architectural,
autant le grand manoir est un émerveillement pour les yeux. C’est
le plus beau manoir que j’ai jamais vu. |
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Le
regard se perd parmi toutes ces fenêtres, cette toiture si particulière…
Et cette ambiance de ruine que renforcent les motifs qu’on trouve
ici et là. On entre par une grande entrée et on est sidéré
par la hauteur sous plafond. C’est immense. Prenons à droite,
on découvre d’autres pièces ou subsiste encore des
décorations (notamment une peinture d’arbuste dorée
encore bien conservée) et on arrive à une magnifique pergola/cloître
avec ses jolies voutes et son bassin au centre dont le fond boueux doit
certainement contenir des artefacts que personne n’a encore vu. Le rez de chaussée est un enchantement et se prolonge plus bas via un escalier pour nous faire entrer dans le quartier des domestiques. Encore une fois, c’est un régal : si il ne reste plus grand-chose en terme d’objets, il reste tant de mobilier, tant de détails qu’on ne sait plus où poser son regard, et surtout, on a du mal à croire que ce grand manoir est resté dans cet état depuis aussi longtemps (plus de cinquante ans d’après mes recherches) sans que personne ne soit encore venu voler le bois, le métal ou tout simplement tout ce qui reste. Raison de plus pour le protéger. |
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Regardez
donc cette cuisine avec sa plaque chauffante, son four, et son
frigo d’époque en bois ! Mais ce n’est
pas fini. Par la cuisine on accède à une immense cave.
Je ne plaisante pas, la cave est IMMENSE. Elle est aussi grande en termes
de surface que le rez-de-chaussée, et contient (comme la cuisine)
sa part de merveilles. Si certaines pièces sont vides, celles
qui contiennent des choses contiennent de très belles choses.
Comme par exemple cette immense citerne de fioul (qui fut installée
là dès que la cave fut finie) et cette salle incroyable
avec toute cette machinerie… La cave contient encore d’autres
pièces, avec d’autres objets, elle est vraiment très
grande. Mais pourquoi toute cette immense machinerie ? Pour comprendre,
il faut monter au premier étage… |
Le
grand escalier n’existe plus mais on peut accéder au premier
étage via l’escalier des domestiques. Et c’est en
découvrant une à une les chambres du grand manoir de cet
étage que l’on comprend pourquoi le système de chauffage
est aussi immense : chaque chambre contient sa propre salle de
bain. Ca a l’air bête comme ça mais imaginez que
ce manoir contient une dizaine de chambres, et qu’il fallait que
le manoir ait (dans l’absolu) la capacité de chauffer de
l’eau au cas où une dizaine de personnes prendraient un
bain en même temps, ou tout simplement chauffer dix chambres.
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Autre
détail qui tue : presque chaque salle de bain possède
sa propre couleur de mosaïque couvrant les murs. Je ne suis pas
du tout un expert en carrelage mais c’est diablement joli, bien
conservé, et je me demande si ça a encore de la valeur.
A un endroit, le carrelage d’une salle de bain a été
pillé, pourquoi pas les autres ? Aucune idée. Le
carrelage de la chambre «des parents» est encore là
lui aussi. Cette salle de bain est hallucinante de beauté. Beauté
malheureusement gâchée par un graf que j’aimerais
bien effacer. On continue la visite et on trouve un bureau (d’après
mes recherches c’est bien le bureau) avec des fresques au plafond.
Et une ambiance religieuse un peu bizarre pour un bureau, mais c’est
bien un bureau d’après ce que je sais. |
D’autres
pièces s’offrent à nous, d’autres objets,
il y a tant à voir, ça donne le tournis. Et toujours cette
ambiance étrange : pourquoi autant de pièces ?
D’après mes recherches, les différents propriétaires
avaient certes de la famille, mais rien qui justifie une dizaine de
chambres. Ils devaient recevoir beaucoup d’invités, et
souvent. On continue à l’étage superieur : d’autres
chambres, plus petites. Puis un grenier pas si inaccessible que ça
où l'on trouve de vieux meubles. |
La
visite est finie. On ressort, on fait le tour de la bâtisse, si
grande et si belle, avec son lac qui lui fait face. Si vous avez un
bon zoom vous verrez qu’il y a une île (inaccessible, à
moins d’une une barque) où sont posées trois colonnes
grecques. A l’époque ou le manoir était en vie ça
devait avoir de la gueule. Puis on emprunte le chemin du retour, on
fait un petit crochet par la maison du gardien, pas mal, sans plus,
et on repart de là où l’on est venu en croisant
des bottes de foin qui témoignent de l’activité
du domaine : on coupe des arbustes, on tond de la pelouse, et on
laisse pourrir le reste. A nous de profiter de cet état végétatif
pour chercher les derniers trésors du domaine et reconstituer
son histoire, dont les héritiers semblent se moquer. |
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