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On m’en
avait parlé sous plusieurs noms, «La Maison de Fous, la
Maison Bleue», mais ce qui revenait le plus souvent, c’était
«l’Asile». Aujourd’hui rasé, on a construit
par-dessus, et presque tout du long du chemin qui nous y amenait, des
pavillons, forts laids, comme presque à chaque fois. C’était
un endroit magique, cette forteresse de béton. J’y suis
allé la première fois de nuit, et je n’ai jamais
autant eu les chocottes.
De nuit, on n’appréciait pas tant que ça la beauté du lieu, on éprouvait juste pleins de sensations de films d’horreur : la peur de ne pas voir ce qu’il y a devant nous, d’avancer dans l’ombre, d’être le dernier de la file indienne, ou plus simplement, de tomber sur un fantôme, un cadavre, un fou, l’imagination travaille très vite dans ces moments-là. La nuit, la forêt, des craquements, les courants d'air un peu partout qui vous glacent la peau, le sol qui crisse avec tout le bazar par terre, les papiers, les feuilles mortes. |
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A
force d’y aller, de connaître le lieu, on pouvait même
se promener dans l’endroit sans lampe, connaissant le chemin,
sans avoir peur. Après tout, celui qui se promène avec
une pampe est voyant. Si on coupe sa lampe, on devient invisible. Et
là, c’est nous qui pouvons faire peur à d’éventuels
visiteurs.
De jour, c’était différent. Après une montée éprouvante (la fameuse montée des pelerins), on passe devant un premier bâtiment tout petit et banal, destiné au personnel, puis au détour d’un virag,e autour d’un immense sapin, on aperçoit alors la silhouette de l’édifice. Bleu, ce bleu ciel partout, rendant tout de suite le lieu un peu moins glauque. |

Du
carrelage partout, assez froid, mais très «amical».
Des tags et des grafs partout, comme dans presque tous les endroits
abandonnés, et surtout, rien qui ne renseigne sur l’utilisation
du bâtiment avant qu’on n’arrive en haut. Je me demande
s’il existe des photos de cet endroit quand il était vivant. |
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La
partie la plus intéressante était la cour carrée,
autour de laquelle étaient disposées les cellules, avec
du bon verre blindé, et des lavabos incrustés dans le
mur. Ambiance ! Rien que de repenser au fait que ce bâtiment n’existe
plus, ça colle le bourdon, vu les parties d’airsoft jouées
là-bas, les barbecues, la visite que l’on faisait aux personnes
qui découvraient cet endroit pour la première fois…
Vous aimerez peut-être ces deux bandes dessinées se passant
dans cet endroit : Le
Parpaing qui Chante (2001) et Visite
à la Maison Bleue (2003). |
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Une
fois les bulldozers passés, il n’y eut plus rien. Rien,
que du sable, niet, zéro, le néant, avant que ne poussent
les pavillons hideux par-dessus tout ça. Coup de blues, quand
même, nostalgie, tout ça. |

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Mise
à jour d’Avril 2012 : Je trainais sur le site de l’INA
et en tapant «Vauhallan» (j'en parle sur cette note)
quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur un documentaire de 1971
montrant l’endroit tel qu’il était à son ouverture
! Sur le site de l’INA il n’y a qu’un court
extrait, mais pour 3€ vous pouvez acheter et télécharger
légalement le truc complet. C’est ce que j’ai fait
(le documentaire dure une bonne heure) et je vous propose ci-dessous
un montage montrant ce qui m’intéresse le plus, à
savoir le bâtiment en lui-même, extérieur comme intérieur.
Ce montage est assez court car la très grande majorité du documentaire montre des gens qui parlent, qui parlent et qui parlent encore. Très old school, et pas inintéressant en soi (pour trois malheureux euros vous pouvez vérifier par vous-même) mais un peu frustrant si on a juste envie de voir l’endroit avant qu’il ne soit abandonné. Comparé à l'extrait du site de l'INA, mon montage montre deux choses en plus : la chambre d'un des patients, et la cuisine. La musique d'introduction marque bien l'époque. |
Jeunesse
délinquante : Les enfants du gâchis, on n'en veut nulle
part. Emission médicale "Science d'Aujourd'hui" du
4 Mai 1971. Description : Faut-il traiter les enfants qui ne présentent
pas de troubles pathologiques précis, mais relèvent de
l'Education surveillée dans des centres spéciaux, comme
celui de Bois-Maison qui vient d'être créé à
Vauhalllan (Essonne) ? Les avis des médecins qui s'occupent de
l'Education surveillée sont très partagés. Au cours
de l'émission, Etienne LALOU s'entretient avec le psychiatre
qui dirige cet établissement spécialisé dans le
traitement des troubles psychiques chez les jeunes délinquants.
Informations techniques : Une émission de Igor BARRERE, Pierre
DESGRAUPES et Etienne LALOU. Présenté par Etienne LALOU.
Camermen : Claude PORCHER, Simon DAI, Bernard ZANNI. Ingénieurs
du son : Marc BOUSSARD, Jean-Claude DELMAS. Montage : Anne-Marie ROCHAS,
Marc BRIONES. Mixage : G. BOCKENMEYER. Directeurs de la Photo : Roland
HULOT, Marc JUSSEAUME. Assistant : Philippe RONCE. Script-Girl : Michèle
BACON. Réalisation : Igor BARRERE. Musique : Dvorak (Quatrième
mouvement de la Symphonie N°9, dite "du Nouveau Monde"). |